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Attaque Man-in-the-Middle par ARP Spoofing

1. Principe

Le protocole ARP (Address Resolution Protocol) ne vérifie par conception ni l'authenticité ni l'origine des réponses qu'il reçoit : toute machine du réseau local peut répondre à une requête ARP en se faisant passer pour une autre. L'attaque ARP Spoofing (ou empoisonnement ARP) exploite directement cette absence de vérification pour s'interposer entre deux machines et intercepter leur trafic — une attaque de type Man-in-the-Middle (MitM).

2. Méthodologie de l'attaque

L'attaque se déroule en quatre phases sur une machine attaquante (Kali/Debian) positionnée sur le même segment réseau que les deux victimes.

A. Préparation

Installation des outils nécessaires (iproute2, dsniff pour arpspoof).

B. Activation du routage IP (condition indispensable)

Sans cette étape, l'interception casse la connectivité des victimes et l'attaque est immédiatement détectée (perte de connexion). Pour rester transparente, l'attaquant doit continuer à relayer le trafic après l'avoir intercepté :

echo 1 > /proc/sys/net/ipv4/ip_forward

C. Empoisonnement bidirectionnel

# Faire croire à VPC1 que l'attaquant est VPC2
arpspoof -i eth0 -t <IP_VPC1> <IP_VPC2>

# Faire croire à VPC2 que l'attaquant est VPC1
arpspoof -i eth0 -t <IP_VPC2> <IP_VPC1>

Chaque victime met à jour sa table ARP locale, associant désormais l'adresse IP du correspondant légitime à l'adresse MAC de l'attaquant.

D. Validation

Comparaison des tables ARP avant/après (arp -a ou show arp) : les adresses MAC des correspondants ont été remplacées par celle de la machine attaquante des deux côtés, confirmant l'interposition complète du trafic.

3. Pourquoi l'IP forwarding est le point critique

C'est l'étape la plus souvent sous-estimée : sans ip_forward activé, l'attaquant absorbe le trafic mais ne le retransmet pas, ce qui coupe la communication entre les victimes de façon immédiatement visible. Une attaque ARP Spoofing correctement menée est invisible du point de vue applicatif — les utilisateurs continuent de naviguer normalement pendant que leur trafic est intercepté.

4. Détection

Indicateur Description
Table ARP incohérente Une même adresse MAC associée à plusieurs adresses IP sur un hôte
Trames ARP gratuites en excès Volume anormal de réponses ARP non sollicitées (gratuitous ARP)
Latence ajoutée Un saut supplémentaire (l'attaquant) peut introduire une latence mesurable, bien que souvent négligeable sur un LAN
Outils dédiés arpwatch (surveillance des associations IP/MAC dans le temps), alertes IDS sur pattern de flooding ARP

5. Contre-mesures

  • Dynamic ARP Inspection (DAI) : sur les commutateurs manageables, valide chaque paquet ARP contre une table de correspondance IP/MAC de confiance (généralement construite via DHCP Snooping), et bloque les réponses ARP illégitimes au niveau du port.
  • Port Security : limite le nombre d'adresses MAC autorisées par port et bloque les changements d'adresse MAC suspects.
  • ARP statique : sur les liaisons critiques (serveurs, passerelles), fixer manuellement les entrées ARP élimine le risque d'empoisonnement, au prix d'une perte de flexibilité opérationnelle.
  • Chiffrement de bout en bout : ARP Spoofing n'expose que du trafic en clair. TLS/HTTPS ne bloque pas l'interception mais rend le contenu illisible pour l'attaquant.

6. Conclusion

ARP Spoofing rappelle qu'un protocole de couche 2 sans authentification reste exploitable même dans un réseau parfaitement segmenté au niveau IP. La défense n'est pas applicative mais structurelle : elle se joue sur la configuration des commutateurs (DAI, Port Security), pas sur le renforcement des hôtes eux-mêmes.