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Post-Incident Report : Attaque Ransomware avec Exfiltration (Cas IBC Bank)

1. Synthèse exécutive

Sévérité : CRITIQUE. Les 2 et 3 mars 2025, IBC Bank subit une attaque combinant ransomware et exfiltration de données. L'attaque débute par un email de phishing ouvert par un membre de l'équipe IT (10h32), installant un cheval de Troie d'accès distant (RAT) sur le poste WKS-0347. À partir de ce point d'ancrage, les attaquants extraient les identifiants Domain Admin du contrôleur de domaine via Mimikatz, puis se déplacent latéralement en RDP vers les serveurs de transaction — un mouvement rendu possible par l'absence de segmentation réseau entre le VLAN utilisateurs et le VLAN production.

Le chiffrement débute à 03h02 sur TXNSERV-01, se propage à TXNSERV-02 puis au serveur de sauvegarde BKPSRV-01. Avant chiffrement, 4,2 Go de données clients (~35 000 enregistrements : noms, adresses, IBAN, historiques de transactions) sont exfiltrés vers un serveur C2 connu. L'équipe IR est activée à 07h15 et isole les systèmes affectés à 09h00 ; la banque en ligne est indisponible 6 heures. La rançon de 5 BTC n'a pas été payée. Pertes financières directes préliminaires : plus de 3 M€.

2. Timeline de l'incident

Horodatage Événement
02/03 — 10h32 Email de phishing ouvert par un employé IT ; macro malveillante exécutée ; RAT installé sur WKS-0347 (règle de détection macro en mode « log only », non bloquante)
02/03 — 11h00 Reconnaissance interne depuis WKS-0347 : identification des serveurs de transaction et du contrôleur de domaine
03/03 — 03h00 Exécution de Mimikatz sur DC-01 : extraction des identifiants Domain Admin
03/03 — 03h00 Sessions RDP établies de WKS-0347 vers TXNSERV-01/02 avec les identifiants compromis
03/03 — 03h02 Début du chiffrement sur TXNSERV-01 (extension .ibclocked) ; alerte IDS Suricata déclenchée
03/03 — 03h05 Début de l'exfiltration vers 185.247.226.129 en HTTPS — ~4,2 Go transférés en 40 min
03/03 — 03h47 Alerte SIEM de corrélation : transfert sortant volumineux vers une IP inconnue
03/03 — 06h30 Le ransomware se propage à BKPSRV-01 (sauvegardes récentes chiffrées)
03/03 — 07h15 L'analyste SOC contacte l'IR Manager — activation formelle de la réponse à incident
03/03 — 09h00 Isolation réseau de TXNSERV-01, TXNSERV-02, BKPSRV-01 ; équipe forensique externe engagée
04-05/03 Récupération à partir de sauvegardes antérieures à 48h ; réconciliation manuelle des transactions ; services rétablis après 6h d'interruption
06/03 Communication publique ; notification à l'autorité de protection des données (CNPD) dans le délai RGPD de 72h

3. Cartographie MITRE ATT&CK

Phase Technique ID MITRE Détail
Accès initial Spearphishing Attachment T1566.001 .docx piégé avec macro, envoyé à l'équipe IT → exécution PowerShell → RAT sur WKS-0347
Élévation de privilèges OS Credential Dumping: LSASS Memory T1003.001 Mimikatz sur DC-01 (pas de LSA Protection)
Mouvement latéral Remote Services: RDP T1021.001 RDP de WKS-0347 vers TXNSERV-01/02, permis par l'absence de segmentation VLAN
Exfiltration Exfiltration Over C2 Channel T1041 4,2 Go en HTTPS vers 185.247.226.129 (infrastructure C2 connue)
Impact Data Encrypted for Impact T1486 Chiffrement .ibclocked sur TXNSERV-01/02 puis BKPSRV-01

4. Constats forensiques

  • Point d'entrée : macro Office exécutant un script PowerShell ; règle de détection en mode « log only » (non bloquant) → compromission passée inaperçue pendant ~16h30.
  • Compromission des identifiants : traces de Mimikatz sur DC-01, absence de LSA Protection.
  • Mouvement latéral : sessions RDP confirmées de WKS-0347 (VLAN utilisateurs, 10.10.1.47) vers TXNSERV-01/02 (VLAN production, 10.10.2.10/11) — aucune règle de pare-feu ni ACL ne restreignait le trafic RDP entre segments.
  • Compromission des sauvegardes : BKPSRV-01 situé sur le même VLAN que les serveurs de production, avec uniquement des sauvegardes en ligne et mutables → aucun point de restauration récent disponible.
  • Exfiltration : 4,2 Go transférés vers 185.247.226.129:443, IP associée à une infrastructure C2 de ransomware connue.

5. Efficacité de la réponse à incident

Métrique Valeur
Présence non détectée de l'attaquant 16h30 (entre compromission initiale et première alerte SIEM)
Détection → escalade 4h13 (entre l'alerte SIEM à 03h02 et l'activation formelle à 07h15)
Confinement 6h (entre l'alerte et l'isolation effective à 09h00)
Indisponibilité banque en ligne 6h
Notification régulatoire Dans le délai RGPD de 72h

Le délai de 4h13 entre la première alerte et l'escalade formelle constitue le principal goulet d'étranglement : l'analyste d'astreinte a attendu la revue complète des alertes corrélées avant d'escalader, laissant l'attaque progresser sans entrave pendant cette fenêtre.

6. Causes racines et recommandations priorisées

# Cause racine Recommandation Priorité
1 Absence de segmentation réseau entre VLAN utilisateurs et VLAN production Microsegmentation stricte (Utilisateurs / Production / DMZ / Management) avec règles pare-feu bloquant le RDP direct poste → production Critique
2 Sauvegardes en ligne, non immuables, colocalisées avec la production Sauvegardes immuables et/ou hors-ligne (air-gap) avec tests de restauration réguliers Critique
3 Absence de durcissement des identifiants sur le contrôleur de domaine LSA Protection / Credential Guard sur tous les DC + modèle d'administration à paliers (tiered administration) Haute
4 Politique de détection des macros trop permissive (« log only ») Passer en mode « block », désactiver les macros par défaut pour les documents provenant d'Internet, renforcer le sandboxing email Haute
5 Délai d'escalade trop long après la première alerte Playbooks de corrélation SIEM automatisés avec seuils d'escalade clairs pour les alertes de sévérité élevée Moyenne

7. Indicateurs de compromission (IOC)

Fichiers - Extension de chiffrement : .ibclocked - Note de rançon : READ_ME.txt à la racine des systèmes affectés

Réseau

IP Port Description
185.247.226.129 443/HTTPS Serveur C2 principal — destination de l'exfiltration
46.101.142.159 443/HTTPS Nœud C2 secondaire (configuration du RAT)
5.61.37.252 443/HTTPS Adresse C2 de repli trouvée dans le binaire

Email - Domaine expéditeur : supplier-invoice.net - Sujets observés : « Invoice Due », « Payment Request » - Pièce jointe : .docx avec macro exécutant du PowerShell

Processus - powershell.exe -executionpolicy bypass -file encrypted.ps1 - Artefacts Mimikatz en mémoire sur DC-01 - Sessions RDP non autorisées du VLAN utilisateurs vers le VLAN production avec des identifiants Domain Admin

8. Conclusion

Ce cas illustre comment quatre défaillances structurelles simples — segmentation réseau absente, sauvegardes non immuables, durcissement des identifiants insuffisant, et politique macro permissive — transforment un phishing isolé en compromission bancaire totale. Aucune de ces causes racines n'est une vulnérabilité logicielle : ce sont des choix d'architecture et de configuration, ce qui signifie qu'elles sont pleinement sous le contrôle de l'organisation et évitables par du durcissement standard plutôt que par un correctif ponctuel.